• isabelleroche1

La Force Majeure

Mis à jour : janv. 11

L'hiver commence. Lent retour de la lumière jusqu'au printemps le 20 mars prochain 2021. La méditation de ce matin m'a guidée vers le livre "La Force Majeur" de Clément Rosser. A parler de la Joie. La Joie est, par définition, illogique et irrationnelle. Il n'est de joie que folle. Et c'est exactement en cela que la joie constitue la force majeure, la seule disposition d'esprit capable de concilier l'exercice de la vie avec la connaissance de la vérité. La vérité penche du côté de l'insignifiance et de la mort. En l'absence de toute raison crédible de vivre, il n'y a que la joie qui tienne, précisément parce que celle-ci se passe de toute raison.

Le régime de la joie est celui du tout ou rien. La joie apparaît comme une sorte de quitus aveugle, accordé à tout et à n'importe quoi, comme une approbation inconditionnelle de toute forme d'existence présente, passée ou à venir.

L'étrange est que la joie demeure, quoique suspendue à rien et privée de toute assise. C'est même là le privilège extraordinaire de la joie que cette aptitude à persévérer alors que sa cause est entendue et condamnée, cet art quasi féminin de ne se rendre à aucune raison, d'ignorer allègrement l'adversité la plus manifeste comme les contradictions les plus flagrantes : car la joie à ceci de commun avec la fémininité qu'elle reste indifférente à toute objection. Une faculté de persistance incompréhensible permet à la joie de survivre à sa propre mise à mort, de continuer de parader comme si de rien n'était ; un peu à la façon de ces vers qui, bien que coupés en deux et en quatre, n'en continuent pas moins à se remuer et à progresser vers leur but aveugle.

L'association de la joie et de la lucidité est impossible en théorie car contraire à toute raison ; exister équivaut à une protestation contre la vérité. La cause de l'existence est effectivement indéfendable. Et c'est pourquoi tout ce qu'on peut dire de sensé en sa faveur se résume toujours à quelque parole insensée, tel cet adage médiévale dû à Martinus von Biberach :


Je viens je ne sais d'où,

Je suis je ne sais qui,

Je meurs je ne sais quand,

Je vais je ne sais où,

Je m'étonne d'être aussi joyeux.





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